Je me promets d’éclatantes revanches Valentine Goby L’iconoclaste

C’est une rencontre et un bouleversement, Valentine Goby, l’auteure de Kinderzimmer, et Charlotte Delbo, l’auteure d’ Auschwitz et après. Comment ont-elles fait surtout pour ne pas se rencontrer littérairement avant que Marie-José Chombart de Lauwe fasse découvrir la flamboyante Charlotte! Dans cette lecture intime de Charlotte Delbo, Valentine entre à pas comptés par la langue, car Charlotte dira les camps, la mort, les convois, l’atrocité et la banalité du mal. « Il n’y a pas d’indicible » dit-elle. Alors Valentine plonge au cœur des textes et nous livre ainsi en une quinzaine de chapitres tout ce qui fait la force unique de l’écriture de cette femme bouleversante.

Ce qui ici est extraordinaire, c’est la capacité qu’à Valentine Goby de nous faire vivre autant la femme que l’ écrivain, de mettre en lumière l’infini de son message, malheureusement si peu connu encore.

Dans ce récit, c’est bien plus qu’une femme qui nous est donné à voir, à entendre, à comprendre, c’est un point lumineux sur l’horizon qui enfle au fur et à mesure de notre lecture, avec la certitude, en refermant le livre, d’avoir accompagné le cri d’amour de Valentine Goby pour Charlotte Delbo.

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Victor Hugo vient de mourir Judith Perrignon L’iconoclaste

perrignon Le grand Victor Hugo vit ses dernières heures, on se presse autour de lui, on s’attroupe dans la rue. Dans toutes les rues de la capitale, on ne parle que de ça, on communique, presque heure après heure, les bulletins de santé du grand homme. Enfin, il meurt!

Judith Perrignon s’est emparé du personnage Hugo mais également de toute la société de l’époque et elle nous offre le brassage de tous ceux qui veulent profiter de cette mort pour se faire entendre, un tant soit peu, les pauvres qu’il a toujours défendu, les communards qui veulent hisser les drapeaux, la police qui veille devant les débordements prévisibles, les proches du poète qui cherchent à tirer la couverture à eux dans l’ombre tutélaire du défunt. Et c’est un formidable roman de mœurs, comme l’aurait aimé Hugo lui-même, que Judith Perrignon a écrit, un roman d’amour aussi, car il y est question de fascination, tant devant l’œuvre que devant l’homme qui disait » aimez-moi » sur son lit de souffrances, « aimez-moi » comme dernière supplique et c’est ce qu’elle réussit parfaitement dans ce roman qui n’en est peut-être pas un justement, juste un cri d’admiration pour la mâchoire tremblante d’un homme récitant les vers du poète…

Sortie le 26 août!

La ballade du calame Atiq Rahimi L’Iconoclaste

rahimi  Qui se cache derrière les mots et les signes donnés au papier comme autant de petits cailloux jetés entre deux rives afin de construire ce pont entre hier et demain? Est-ce encore l’enfant afghan qui se souvient des odeurs du pays sublimé, est-ce l’homme qui, aujourd’hui, devant le drame des exils toujours plus nombreux s’interroge sur le sien? Il y a un peu de tout cela certainement. Il n’est pas possible de réduire ce texte profondément beau et bouleversant à une simple étude de texte puérile. Il faut plonger avec Atiq Rahimi, creuser la page avec son simple calame, retrouver l’écriture et surtout le geste qui va créer la première lettre de l’alphabet: alef, le a fondateur de toutes les écritures. En retrouvant la transcription de l’alef, le geste va revenir, les mots vont renaître jusqu’à sublimer les lettres vers les corps, ces corps cachés que l’auteur appelle « callimorphie« , l’écriture du corps comme une nouvelle naissance. Le calame glisse vers l’intime, dévoile les courbes, enrobe les chairs et nous donne tant à voir. Regard apaisé du poète qui a retrouvé la simple joie de la forme, qui ne se pose plus la question de qui il est, car il sait qu’il a réussi à dépasser l’idée même de n’être pas à sa place, ici autant qu’ailleurs, car ses mots englobent l’universalité de l’homme. Il est ici, il est ailleurs, il est autant de cailloux polis par la mer venant s’échouer sur la plage, il est la Terre nourricière, mouvante, il est le geste, le dernier geste, la dernière main qui se tend entre la rive et l’infini.

Sortie le 26 août!