Et Mathilde danse Lionel Salaün Actes Sud

Je guette toujours les romans de Lionel Salaün depuis son premier « le retour de Jim Lamar » paru chez Liana Levi en 2010. Et voici que je le retrouve dans la célèbre collection « actes noirs » pour un roman effectivement très noir.

Blandin est un flic obnubilé par le boulot, tant et si bien qu’il ne souvient pas des dates des derniers congés qu’il a posé. Sa vie de famille en a pris un coup, il dort sur le convertible, picole un peu trop quand sa femme lui annonce qu’elle le quitte et se barre avec les mômes. C’est l’occasion d’aller écluser quelques gorgeons dans un bouge à travelos et putes bas de gamme.

Une jeune femme est retrouvée morte dans sa voiture, elle s’appelle Agnès Montaud, mais pour Blandin, dès qu’il la voit, il pense à une autre qui partageait la même beauté, celle dont il était amoureux dans sa jeunesse, Mathilde. Tout semble indiquer une mort naturelle, rien à se mettre sous la dent, la voiture semble sortir du garage du concessionnaire. Blandin ne veut pas le croire, cette femme ne peut pas être morte d’un arrêt cardiaque. Mais l’affaire est classée, elle lui échappe comme ce visage qu’il griffone sur du papier afin de ne jamais l’oublier.

C’est alors un autre roman qui commence, la quête d’Agnès. Blandin pose enfin des congés et décide de remonter le fil de la vie de la jeune femme. Cela l’amènera jusqu’au bout de la nuit des bars glauques où des filles se donnent en spectacle. On se grime parfois pour échapper à tous les radars, on se travestit, on disparaît, on ment dans de belles lettres envoyées, mais on n’échappe que rarement à son destin. Blandin va s’enfoncer dans les lignes grises des matins blêmes, ceux où l’espoir d’une vie meilleure laisse croire à des gamines qu’il suffit des lumières de Paris pour réussir. Encore une fois, la magie de l’écriture de Lionel Salaün, l’empathie qu’il porte à ses personnages nous entraîne dans les pas de son commissaire qui, à mon avis, pourrait bien devenir récurrent!

Et Mathilde danse a paru le 4 mars, jour de de la Saint Casimir, et sera disponible dans vos librairies pour l’instant à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Whitesand Lionel Salaün Actes Sud

Années 70, autant vous dire l’autre siècle dernier quand Ray Harper débarque à Huntsville, l’un de ces trous du culs du monde du sud du Mississippi où la guerre de sécession n’a pas vraiment bougé depuis ceux qui y vivent. Ici, tout ce qui prend un peu trop la couleur du noir n’est pas vraiment le meilleur moyen de se mettre en valeur.

Si Ray débarque ici, cela ne tient qu’à une lettre qu’il tient dans sa poche. Mais le Mississippi est un endroit de taiseux, de ceux qui regardent les étrangers (étrangers veut dire ceux qui ne vivent pas ici depuis au moins deux siècles…). Cela sent la sueur et bien plus, la puanteur peut-être d’un monde qui se liquéfie. Et à Whitesand, on a bien plus que tout ça en magasin.

C’est un monde qui n’ a pas d’avenir, qui se ratiocine sur lui-même, qui raconte des histoires d’hier, celui d’un chêne où la chair sanguinolente n’est que le prix à payer. Ici, tout se paye au cul du camion, on ne fait jamais semblant, et la lecture du fond du bayou ne raconte pas la même histoire que celle des Ackerman. Jusqu’au bout, c’est bien plus qu’une voix que nous raconte Lionel Salaün, c’est le chant d’une Amérique aphone de ceux qui plantaient dans les champs de cotons, dont la couleur de peau n’avaient d’autre réponse que la fuite.

C’est un roman âpre et beau, qui vous laisse les bras ballants, avec cette invincible beauté de Ray Harper, debout, sa peau presque blanche, mais ses yeux qui ne cachent rien. Lionel Salaün nous conte un Sud qui suinte toute sa misère, avec des héros qui n’en sont pas, mais qui ont, in fine, bien plus à nous donner et à nous apprendre.

Aujourd’hui, nous faisons semblant, regardons en arrière, arrêtons de penser.