Les fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés Jonathan Evison Editions Monsieur Toussaint Louverture

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Jonathan Evison nous livre ici une version bien revisitée des ces fondamentaux de l’aide à la personne, tel qu’un être normalement constitué, peut y penser. Prenons le personnage central de ce récit, à savoir le dénommé Benjamin Benjamin (à chacun sa croix disait déjà Humbert Humbert!) qui, après un passé assez peu reluisant, va devoir s’occuper de Trev, un ado myopathe, capricieux et débordant d’une imagination débridée (c’est un euphémisme!). Rapidement s’instaure entre eux deux une complicité, peut-être due justement au fait que la vie ne leur a pas fait que des cadeaux. Mais quand Trev décide d’aller voir son père, alors que celui-ci l’a renié quand il a appris la maladie de son fils, c’est Ben qui va les conduire. Et nous voilà parti dans un road-movie échevelé où les rencontres vont se multiplier. Et tout l’art de Jonathan Evison réside dans le double récit de ce voyage et du passé de Ben, cette tragédie qu’il a vécu et qu’il pense avoir provoquée. On bascule de l’émotion à l’hilarité, de la tendresse au tragique, mais avec une humanité que l’auteur sait instiller dans chacune des situations. Entre beaux personnages et grands espaces, encore une fois, Monsieur Toussaint Louverture  nous propose une magnifique découverte!

Hélène

 

Alcoolique Jonathan Ames et Dean Haspiel Monsieur Toussaint Louverture

amesEn fait, quand il arrive, tu le tiens juste comme ça, pas trop fort, tu caresses la couverture, tu vois ce grand homme debout qui cherche sa route entre toutes ses routes et l’autre la bouteille qui coule dans sa gueule ouverte, l’un rouge l’autre blanc ou inversement ou je ne sais pas qui a trop bu.

Qui encore peut publier ce genre de magnifique ouvrage sinon un fou?

Qui est ce Jonathan A. qui se cache derrière toutes les bouteilles et tous les rails de coke et tous les joints qu’il n’aura pas eu le temps de finir, sinon bouche grande ouverte dans la cuvette des toilettes? Ici, ce n’est pas Karoo (autre héros de Mr Toussaint Louverture pour ceux qui ne suivent pas dans le fond de la classe!), car il vomit le bougre. Il a l’alcool récalcitrant, comme l’amour, comme la vie en quelque sorte qu’il n’arrive pas à apprivoiser, alors il boit. Il écrit aussi et plus il écrit, plus il boit. Plus il boit, plus il fiche sa vie en l’air. Et comme il fiche sa vie en l’air, que croyez-vous qu’il fasse… De ses quinze ans et de ses premières bières où il s’est cru le champion du monde de tous les champions du monde, Jonathan A. aura tout essayé, tout fui, tout regretté, tout aimé, de Sal, son ami, son frère, peut-être finalement le seul qui l’aura aimé, hommes et femmes confondus, jusqu’à ce 11 septembre 2001 où un autre monde s’envole en poussière. Dans un dessin haché comme un couteau qui traverse les pages, Dean Haspiel donne vie à ce Jonathan A. qui n’est jamais Jonathan Ames, mais qui lui ressemble bigrement. Il y a de la fureur et de la rage dans chaque page, mais aussi cette hébétude d’un monde qui n’est pas vraiment fait pour lui. C’est beau et tragique, mais il y aura Sadie, la tante magnifique, celle qui le faisait un peu bander quand il était gamin tellement elle était belle, celle qui saura lui faire remettre son monde un peu debout. A force de vouloir être celui qui buvait pour être un écrivain, Jonathan A. sera celui qui nous file un coup de poing salutaire, direct au plexus sur le mythe de l’écrivain soûlographe. Il n’y a pas de buveur heureux, mais il peut y avoir des écrivains heureux.

Alcoolique, Monsieur Jonathan Ames fait partie de ces œuvres qui bousculent, dérangent, enchantent, serrent les ventres, donc qui sont indispensables.

A paraître le 1er octobre 2015