Une longue impatience Gaëlle Josse Notabilia

C’est l’histoire d’un enfant qui s’en va devenir un homme, Louis. C’est l’histoire d’une mère qui va attendre son retour, Anne. Elle lui écrit les fêtes qu’elle organisera pour son retour. Elle le sait parti sur les cargos à tourner autour du monde, elle lui écrit aux bons soins de… Le temps passe et Anne raconte cette vie jusqu’au départ de Louis, tout ce qui a conduit à ce jour où il n’a pas reparu. Dans ce nouveau roman, Gaëlle Josse va encore fouiller le fond de l’âme humaine, celle d’Anne bien sûr, mais aussi celui d’Étienne, le pharmacien qui épousera la veuve Le Floch et son rejeton de Louis. De sa petite maison d’ouvrière jusqu’à la maison de maître, c’est bien plus qu’une échelle sociale qu’Anne gravira, nous dira dans un souffle qu’il faut bien plus qu’un coup de ceinturon pour que Louis ait mis l’océan entre eux.

Encore une fois, Gaëlle Josse nous émeut et nous fait mesurer la fragilité des sentiments, la douleur de l’absence, le poids immense des conventions, dans cette langue de dentelle qui n’appartient qu’à elle.

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Quand le diable sortit de la salle de bains Sophie Divry Notabilia

divryA priori, lire un roman sur une chômeuse, écrivain en panne d’inspiration, n’a rien d’attirant. Et pourtant vous auriez bien tort de ne pas vous laisser prendre aux fourches caudines de ce diable sortant de la salle de bains! Car Sophie Divry a beaucoup de talent et elle vous fera vivre aux côtés de son héroïne ce qu’est vraiment cette situation qui nous guette tous un jour ou l’autre. Vous aurez faim avec elle, vous compterez et recompterez le peu d’euros qu’il vous reste pour aller juste au bout de la semaine, vous vivrez ces conversations ubuesques avec pôle Emploi et vous sentirez aussi combien votre propre famille ne comprend absolument rien à ce que vous vivez. Mais c’est écrit sans compassion, sans pathos, car Sophie Divry a ce ton toujours optimiste et s’autorise des digressions qui rendent son roman vivant, jouant sur les typographies, le rythme et puis il y a le diable, Lorchus, son diable qui complique bien les choses. Alors, allez-y sans problème, c’est drôle, pétillant, intelligent, moderne, c’est la vie!!!

Hélène

Le dernier gardien d’Ellis Island Gaëlle Josse Editions Notabilia

josseJohn Mitchell va quitter Ellis Island, fermer cette île qui servait de point de passage obligé pour les étrangers qui voulaient fouler le sol américain, laissant derrière eux tout ce qui les avaient menés jusqu’ici. Mitchell en était le directeur et il a vu passer des milliers et des milliers de migrants, venant chercher en Amérique un coin de ciel bleu, fuyant les massacres, guettant une nouvelle vie. Alors que tout se termine, toutes ces années viennent se bousculer et défilent telles celui qui va mourir et revoit défiler sa vie en un instant. Il faudra une semaine à Mitchell pour tout consigner de son écriture penchée, rappeler Liz sa jeune femme venue sur l’île pour soigner les migrants, de Nella Casarini, cette belle Sarde arrivée sur Ellis avec son frère idiot, Nella qu’il aimera à la folie, de Francesco Lazzarini, anarchiste convaincu qu’il laissera finalement passer sur le continent… Tous ses doutes, tous ses désirs, toutes ses faiblesses, il les écrira du 4 au 11 novembre 1954, avant de fermer ce qui lui aura tenu lieu de vie pendant près de trente ans.

Gaëlle Josse réussit un roman d’une beauté incroyable, arrivant à nous inoculer, au travers d’une prose remarquable, tout ce qui fait un homme face à l’adversité, face à l’amour, face à la haine, face surtout à son destin. Alors que je viens de refermer ce roman, j’entends les vagues venant frapper les rochers d’Ellis Island, d’ici, je vois Manhattan, les quais, les tours et je sais ce regard que Mitchell avait quand il regardait ce monde auquel il n’appartenait déjà plus.