Camarade Papa Gauz Éditions du Nouvel Attila

Vous connaissez l’angoisse de l’écrivain au moment du second roman, quand le premier « Debout-Payé » a été un grand succès de librairie. Je pense que Gauz n’en a rien eu à faire, par contre, ce qu’il devait faire, c’était écrire ce roman qu’il portait en lui depuis longtemps, ce « Camarade Papa », épopée liée par deux fils différents qui se rejoignent. Car il y a deux histoires, l’une contemporaine quand l’autre se situe au XIXème siècle. Et qui dit deux histoires dit deux langues qui se renvoie l’une à l’autre l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Il y a ce gamin né à Amsterdam qui va faire le voyage pour retrouver sa grand-mère en Côte d’Ivoire, bercé par les discours marxistes de son père et ce jeune homme Dabilly qui quitte la Creuse  pour embarquer vers Grand- Bassam, cette entrée où sept rouleaux de brisants empêchent les bateaux d’accoster.

Oui mais voilà, il y a la langue de Gauz, celle qu’il a peaufinée justement pendant quatre ans à Grand-Bassam, celle qui fait de ce roman une aventure, cette langue française qu’il manie, triture, transforme avec une délectation non feinte. On ressent le plaisir de la phrase, on rit, on est ému, on relit pour le simple bonheur d’une trouvaille littéraire.

Bien plus qu’un roman sur la colonisation, c’est un roman d’amour sur deux rives qui auraient dû s’aimer différemment, mais que la bêtise du colonisateur a pollué durant des siècles. C’est aussi un roman sur le pouvoir de l’écriture, de donner à voir un point de vue bien différent, mais tellement plus affûté sur cette mascarade du colonisateur venant apporter la civilisation aux peuples d’Afrique.

Si vous ne deviez acheter qu’un livre cette année, ce devrait être celui-ci (avec celui de Jérémy Fel quand même !)

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Debout-Payé Gauz Editions le Nouvel Attila

gauz  Voilà, on ne m’y reprendra plus à faire la fine bouche devant un bouquin dont tout le monde parle et où je me dis à quoi bon le lire, hein, pourquoi, tout le monde en dit tellement de bien, que, hein, c’est pas la peine d’en rajouter. Sauf que j’avais les épreuves non corrigées depuis un long moment dans ma pile et qu’elles me faisaient ostensiblement de l’œil. Et je me dis, tiens entre deux, pourquoi pas, et là badaboum, impossible à lâcher cette histoire d’Ossiri, le bonhomme devenu vigile dans une parfumerie de la plus belle avenue du monde, mais qui va surtout nous raconter, à la manière d’un griot, avec la faconde du raconteur d’histoires toute l’immigration de l’Afrique à Paris des années Foccard au 11 septembre 2001 ( le chapitre de Kassoum devant sa télévision qui ne lui donne accès qu’à TF1 et M6 le 11 septembre 2001 est un morceau de bravoure littéraire comme il en existe peu!!!!).

Alors ici on rit, car quand le vigile s’emmerde, il compare, il juge, il jauge, il faut dire qu’il n’a rien d’autre à faire. Étude sociologique et sociale sur notre petit monde de la consommation outrancière, Gauz se gausse (oui, j’ai osé!) de nos travers stupides et ridicules. Il grossit le trait devant notre imbécillité et montre notre incapacité à comprendre cette immigration non choisie que nous ne voulons pas voir en nous cachant devant des œillères de respectabilité.

Oui, Debout-Payé est un grand livre qui nous ouvre les portes d’un monde qu’on se refuse à regarder en face, mais qui à tant pourtant à nous apporter sur la compréhension, et l’invincibilité de l’intelligence sur la bêtise.