Devenir Carver Rodolphe Barry Editions Finitude

Mise en page 1  Il y a deux ans paraissait chez Fayard « Ciseaux » de Stéphane Michaka qui évoquait les fameuses coupures de Gordon Lish, le premier éditeur de Carver. On y découvrait déjà un Carver d’une sensibilité hors norme, et d’une capacité également hors norme à bouffer sa vie par les deux bouts.

Ici, Rodolphe Barry nous donne à lire bien plus que l’évocation d’une vie, bien plus qu’une biographie élogieuse, il nous donne à vivre Raymond Carver, depuis le « Froggy » dont l’affublait son père jusqu’à ses derniers instants auprès de Tess, la deuxième femme de sa vie ou peut-être la femme de sa deuxième vie.

« Devenir Carver » est vraiment le titre idéal de ce roman qui nous bouscule, nous bouleverse, nous émeut au plus haut point, tant la fragilité lumineuse de cet homme qui ne savait être que littérature est restituée avec une sobriété de langue, une épure du texte, que Carver lui-même aurait aimé.

C’est un livre également sur l’écriture, non pas la souffrance vaine de l’écrivain devant sa page blanche, mais surtout la libération de l’écrivain par l’écriture, sa transcendance, ses espoirs, ses fêlures, parfois aussi ses échecs, car à ne rien céder à son projet d’écrire, Carver aura sacrifié une bonne partie de sa vie et de sa famille. Un très grand livre.