Sauvage Jamey Bradbury Editions Gallmeister

« J’ai toujours su lire dans les pensées des chiens. Mon père dit que c’est dû à la manière dont je suis venue au monde, née sur le seuil de la porte ouverte du chenil, avec vingt-deux paires d’yeux canins qui me regardaient et les aboiements et les hurlements de nos chiens qui furent les premiers sons que j’aie entendus. »

C’est Tracy qui vient de naître, mais tout le monde l’appelle Trace, car il sera ici, à chaque instant, l’idée d’une trace qui laisse sa marque indélébile dans la neige, dans les corps, dans le sang. C’est un roman sur la transmission d’un secret, d’une mère qui dit à Trace qu’il ne faut jamais perdre la maison de vue et ne jamais rentrer les mains sales. Dans cet univers de glace et de forêts étroites où ne perce jamais le soleil, Trace chasse, pose ses pièges et ses collets, rêve de courir l’Iditarod, cette course mythique de mushers sur plus de 1700km entre Anchorage et Nome, dans cet Alaska gelée.

Ici, le sauvage est intérieur, il se promène dans la tête de Trace, dans ses courses au fin fond de la forêt afin de boire, de comprendre, de deviner ce qui se trame dans les âmes des animaux et aussi dans celles des humains. Trace a un don, mais dont il est bon de ne pas abuser. Jusqu’à… Il est mieux de ne rien dire, il faut suivre le traîneau de Trace, se perdre dans les méandres de son cerveau, laisser les couteaux porter jusqu’à plus soif. Continuer de courir dans la forêt jusqu’à ne plus jamais s’arrêter, laissant le lecteur pantois, harassé, les doigts gourds et la bouche sèche. C’est un roman que je ne voulais pas finir, j’avais trop peur de perdre Trace et son monde, Trace et sa vie, Trace et son sang.

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