Litanies pour une amante funèbre Gabrielle Wittkop Le Vampire actif

Parfois et même souvent, laisser la poésie se nicher là où personne n’a envie de l’attendre fait partie de ces petits bonheurs que des éditeurs fous, la tête dans des étoiles infinies, vous imposent abruptement un matin. Le Vampire actif fait partie de ces éditeurs qui, avec plusieurs martels en tête, oblige le lecteur à prendre le temps. Celui de lire, évidemment, mais bien plus, à comprendre qu’on ne marche pas dans les mots de Gabrielle Wittkop comme on irait marcher sur la plage, enfoncer ses pieds dans le sable et attendre benoîtement que tout fût révélé. Ici, tout est hardi et bien plus encore, on ne s’avance souvent qu’avec le drap froid, le mot est roide, la page se fait droite comme une obligation. Ici, l’amour est dans le pli de l’huître, dans la cendre qui se disperse, dans cette voix ténue qui se perd, ne s’entend plus.

Il faut être fou, de nos jours si incertains, de poser encore les mots de Gabrielle, cette échassière fine et noire qui, dans ce salon du livre de Paris du début des années 2000, m’apparut alors belle et démesurée, la voix posée sur une portée en clé de sol, jetant ses bras d’avant en arrière et son rire qui traversait les travées, ses yeux riants, son temps compté, sa beauté tellement évidente devant nos verres de papier, ses virevoltes et ses mots de nouveau dévoilés sont autant de bonheurs posés sur la route de mes évidences.

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Votre livre de Noël: Nativité cinquante et quelques L.E Martin Le Vampire Actif éditions

lionel  Vous savez comment on tombe amoureux d’un livre et de son auteur. Pour celui-ci, ça s’est passé du côté de la page 39:

C’est un jour mou comme de la mie de pain saucée dans du civet.

Un écrivain qui essaye de se mettre en travers de ce genre de phrase définitive, j’en connais peu, je dirais même plus, j’en connais pas qui aurait le culot! Aussi continuer de vous dire qu’il faut lire Nativité cinquante et quelques en tournant du cul des phrases qui n’auraient pas la moitié de la beauté de celle que je vous ai dit au-dessus, non! Juste vous dire que ça a la beauté des pierres jointées, la saveur des mots  chuintés, l’ourlé d’une phrase qui s’égare entre la nuit et… chut. C’est un conte de Noël, oui, mais aussi bien plus, c’est une halte dans la fuite du monde, un moment de posé, juste là, pas par hasard si je vous en parle un 24 décembre.

C’est un livre beau comme son auteur et ce bel éditeur qu’est le Vampire Actif. Y a des petit Jésus qu’il faut pousser, celui-ci est juste « in the time », complètement à sa place, grandieusement impeccable, oui je sais on ne dit pas grandieusement, mais ici, si!