Whitesand Lionel Salaün Actes Sud

Années 70, autant vous dire l’autre siècle dernier quand Ray Harper débarque à Huntsville, l’un de ces trous du culs du monde du sud du Mississippi où la guerre de sécession n’a pas vraiment bougé depuis ceux qui y vivent. Ici, tout ce qui prend un peu trop la couleur du noir n’est pas vraiment le meilleur moyen de se mettre en valeur.

Si Ray débarque ici, cela ne tient qu’à une lettre qu’il tient dans sa poche. Mais le Mississippi est un endroit de taiseux, de ceux qui regardent les étrangers (étrangers veut dire ceux qui ne vivent pas ici depuis au moins deux siècles…). Cela sent la sueur et bien plus, la puanteur peut-être d’un monde qui se liquéfie. Et à Whitesand, on a bien plus que tout ça en magasin.

C’est un monde qui n’ a pas d’avenir, qui se ratiocine sur lui-même, qui raconte des histoires d’hier, celui d’un chêne où la chair sanguinolente n’est que le prix à payer. Ici, tout se paye au cul du camion, on ne fait jamais semblant, et la lecture du fond du bayou ne raconte pas la même histoire que celle des Ackerman. Jusqu’au bout, c’est bien plus qu’une voix que nous raconte Lionel Salaün, c’est le chant d’une Amérique aphone de ceux qui plantaient dans les champs de cotons, dont la couleur de peau n’avaient d’autre réponse que la fuite.

C’est un roman âpre et beau, qui vous laisse les bras ballants, avec cette invincible beauté de Ray Harper, debout, sa peau presque blanche, mais ses yeux qui ne cachent rien. Lionel Salaün nous conte un Sud qui suinte toute sa misère, avec des héros qui n’en sont pas, mais qui ont, in fine, bien plus à nous donner et à nous apprendre.

Aujourd’hui, nous faisons semblant, regardons en arrière, arrêtons de penser.