Litanies pour une amante funèbre Gabrielle Wittkop Le Vampire actif

Parfois et même souvent, laisser la poésie se nicher là où personne n’a envie de l’attendre fait partie de ces petits bonheurs que des éditeurs fous, la tête dans des étoiles infinies, vous imposent abruptement un matin. Le Vampire actif fait partie de ces éditeurs qui, avec plusieurs martels en tête, oblige le lecteur à prendre le temps. Celui de lire, évidemment, mais bien plus, à comprendre qu’on ne marche pas dans les mots de Gabrielle Wittkop comme on irait marcher sur la plage, enfoncer ses pieds dans le sable et attendre benoîtement que tout fût révélé. Ici, tout est hardi et bien plus encore, on ne s’avance souvent qu’avec le drap froid, le mot est roide, la page se fait droite comme une obligation. Ici, l’amour est dans le pli de l’huître, dans la cendre qui se disperse, dans cette voix ténue qui se perd, ne s’entend plus.

Il faut être fou, de nos jours si incertains, de poser encore les mots de Gabrielle, cette échassière fine et noire qui, dans ce salon du livre de Paris du début des années 2000, m’apparut alors belle et démesurée, la voix posée sur une portée en clé de sol, jetant ses bras d’avant en arrière et son rire qui traversait les travées, ses yeux riants, son temps compté, sa beauté tellement évidente devant nos verres de papier, ses virevoltes et ses mots de nouveau dévoilés sont autant de bonheurs posés sur la route de mes évidences.

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